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Mélenchon ; Le Moment Politique du 16 avril 2026 : géopolitique / francophonie / créolisation / espace culturel alternatif à celui des grandes puissances / colloque ILB :
Youtube https://youtu.be/H7FR2mZZl4c
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Pourquoi ce site, pourquoi ce titre ?
En 2020, on estimait à 313 millions de locuteurs-ices de la langue française. En 2050, leur nombre s'élèvera à 820 millions dans le monde. Pourtant, la maîtrise du français s'est dégradée et son statut est parfois contesté au point que certains pays francophones se détachent du Français.
La France, par son message universaliste, doit être non-alignée et en capacité d'avoir une place forte et singulière dans le monde. Paradoxalement, les Français ne se savent pas, trop souvent, eux-mêmes francophones.
Le français est le "premier service public de France, la mémoire vive de notre histoire nationale dans ses contradictions, le socle de l'existence nationale, le ciment de la francophonie, internationale dans sa diversité, le support d'une littérature, d'une chanson, d'un cinéma, d'une science, d'une philosophie, qui appartiennent au patrimoine mondial de l'humanité " (Association COURRIEL)
Faire de la langue française un ciment et une boussole pour rompre résolument avec les velléités néolibérales qui font tant de mal à l'Humain et à la nature, devient urgemment un besoin, une nécessité.
Il est grand temps de mettre en avant ce qui résiste à l'hégémonie de l'anglais.
L'oligarchie parle le dollar.
Nous oublions trop souvent le joli "florilège" au profit du "best-of".
Ce site, consacré tout autant à la francophonie des peuples qu'à l'actualité française et internationale - l'une et l'autre vont de pair - n'a pour seul but que vous y sensibiliser.
Pour toutes ces raisons, nous vous parlerons tout aussi bien de la défense de la langue française dans le plus petit village du Québec ou du Kénya, que des idéaux humanistes issus du Siècle des Lumières porteurs de Paix partout dans le Monde.
Bonne lecture.
AS
Le terme « francophonie » est apparu vers la fin du XIXe siècle, sous la plume du géographe français Onésime Reclus, pour décrire l'ensemble des personnes et des pays utilisant le français. Il acquiert son sens commun lorsque, quelques décennies plus tard, des francophones prennent conscience de l’existence d’un espace linguistique partagé, propice aux échanges et à l’enrichissement mutuel. Des hommes et femmes de lettres seront à l'origine de ce mouvement. Quoi de plus naturel pour une entreprise d'abord adossée à l’usage de la langue.
Le français doit accepter les autres langues – 17 Février 1986
https://www.thomassankara.net/le-francais-doit-accepter-les-autres-langues-17-fevrier-1986/
A l’occasion du premier sommet de la francophonie tenue à Paris en février 1986, Thomas Sankara a émis la déclaration suivante. Le texte cl-dessous est tiré du Sidwaya :
Nous voilà francophones par le fait colonial, même si chez nous seuls 10 pour cent de Burkinabè parlent français. En nous proclamant de la francophonie, nous annonçons et intériorisons deux préalables : La langue française n’est qu’un moyen d’expression de nos réalités et comme toute langue, le français doit s’ouvrir pour vivre le fait sociologique et historique de son devenir.
La langue française a été pour nous d’abord la langue du colonisateur, le véhicule culturel et idéologique par excellence de la domination étrangère et impérialiste.
Mais c’est avec cette langue par la suite que nous avons pu accéder à la maîtrise de la méthode d’analyse dialectique du phénomène impérialiste et être à même de nous organiser politiquement pour lutter et vaincre.
Aujourd’hui le peuple burkinabè et sa direction politique, le Conseil national de la révolution, utilisent la langue française au Burkina non plus comme le vecteur d’une quelconque aliénation culturelle, mais comme moyen de communication avec les autres peuples.
Notre présence à cette conférence se justifie par le fait que du point de vue du Conseil national de la révolution, il existe deux langues françaises : la langue française parlée par les Français de l’hexagone et la langue française parlée dans les cinq continents.
C’est pour contribuer à l’enrichissement de ce français universalisé que nous entendons apporter notre participation et apprécier en quoi la langue française nous rapproche davantage des autres. Et c’est pour cette raison que je voudrais remercier très sincèrement les autorités françaises de cette heureuse initiative.
C’est par l’intermédiaire de la langue française qu’avec d’autres frères africains nous analysons nos situations respectives et cherchons à conjuguer nos efforts pour des luttes communes.
C’est par l’intermédiaire de la langue française que nous avons communié avec la lutte du peuple vietnamien et parvenons à mieux comprendre le cri du peuple calédonien.
C’est par la langue française que nous découvrons les richesses de la culture européenne, et défendons les droits de nos travailleurs émigrés.
C’est par l’intermédiaire de la langue française que nous lisons les grands éducateurs du prolétariat et tous ceux qui, de façon utopique ou scientifique, ont mis leur plume au service de la lutte des classes.
C’est enfin en français que nous chantons l’Internationale, hymne des opprimés, des « damnés de la terre ».
De cette universalité de la langue française, nous retenons pour notre part que nous devons utiliser cette langue en conformité avec notre internationalisme militant. Car nous croyons fermement à une unité entre les peuples. Celle-ci naîtra de leur conviction partagée, parce qu’ils souffrent tous de la même exploitation et de la même oppression quelles que soient les formes sociales et les habillages dans le temps.
C’est pourquoi selon nous, la langue française, si elle veut plus servir les idéaux de 1789′ que ceux des expéditions coloniales, doit accepter les autres langues comme expressions de la sensibilité des autres peuples.
En acceptant les autres peuples, la langue française doit accepter les idiomes et les concepts que les réalités de l’espace de la France n’ont pas permis aux Français de connaître.
Qui pourrait par vanité et mauvaise fierté s’encombrer de tournures alambiquées pour dire en français par exemple les mots Islam, Baraka, quand la langue arabe exprime mieux que nulle autre ces réalités ?
Ou bien le mot pianissimo, doucereuse expression musicale d’au-delà du Piémont ? Ou encore le mot apartheid que la richesse shakespearienne exporte d’Albion sans perfidie vers la France ?
Refuser d’intégrer au français les langues des autres, c’est ériger des barrières de chauvinisme culturel. N’oublions pas que d’autres langues ont accepté du français des mots intraduisibles chez eux.
Par exemple l’Anglais, fair play, a adopté du français l’aristocratique et bourgeois mot champagne. L’Allemand, dans sa, realpolitik admet carrément sans esprit jongleur le mot français arrangement.
Enfin, le peulh, le mooré, le bantou, le wolof et bien d’autres langues africaines ont assimilé, toute colère contenue, les termes oppressants et exploiteurs : impôts, corvées, prison.
Cette diversité nous rassemble dans la famille francophone. Nous la faisons rimer avec les mots amitié et fraternité.
Refuser d’intégrer les autres langues c’est ignorer l’origine et l’histoire de sa propre langue. Toute langue est la résultante de plusieurs autres aujourd’hui plus encore qu’hier, en raison de la perméabilité culturelle que créent, en ces temps modernes, les puissants moyens de communication.
Refuser les autres langues c’est avoir une attitude figée contraire au progrès et cela relève d’une idéologie d’inspiration réactionnaire.
Le Burkina Faso s’ouvre aux autres peuples et attend beaucoup de la culture des autres pour s’enrichir davantage, convaincu que nous tendons vers une civilisation universelle qui nous conduira vers une langue universelle. Notre utilisation du français se situe dans ce sens.
Pour le progrès véritable de l’humanité !
En avant !
La patrie ou la mort, nous vaincrons !
La francophonie est un espace de créolisation
Jean-Luc Mélenchon est intervenu à l'occasion d'un colloque sur l’avenir de la francophonie organisé par le député Aurélien Taché, le 18 juin 2025.
https://youtu.be/YjwTugNGLaQ
Á écouter (39 minutes)
Aurélien Taché: « La langue française n’appartient plus aux seuls Français »
Publié le : 26/07/2025
Dans un rapport remis avec la députée Ensemble pour La République Amélia Lakrafi, Aurélien Taché, député LFI du Val-d’Oise, membre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, formule une quarantaine de propositions pour refonder la francophonie. Entre ambition éducative, créolisation et défense du français dans les institutions européennes, il assume une vision très politique de la Francophonie. Aurélien Taché est l’invité de l’Atelier Politique. Il répond aux questions de Frédéric Rivière.
https://www.rfi.fr/fr/podcasts/l-atelier-politique/20250726-aur%C3%A9lien-tach%C3%A9-la-langue-fran%C3%A7aise-n-appartient-plus-aux-seuls-fran%C3%A7ais
Juillet 2025
Jean-Luc Mélenchon : « Réponse à Henri Guaino sur la francophonie et la créolisation »
Jean-Luc Mélenchon FIGAROVOX/TRIBUNE –
Le fondateur de La France insoumise répond à Henri Guaino, qui l’interpellait, dans une tribune au Figaro, sur sa volonté de rebaptiser la « langue française » en langue « créole ».
Cher Monsieur Guaino,
Vous m’interpellez en réponse à un de mes discours mi-juin sur la francophonie. C’était à propos d’un rapport présenté par mon ami le député Insoumis Aurélien Taché1. Mais avez-vous lu ce rapport ? Avez-vous entendu mon discours vous-même ? Comment avez-vous pu en déduire tant de contresens à mon sujet ? Je vous fais donc là, en toute estime et franchise, une réponse, quoique votre propos ne concerne souvent pas mes positions réelles. Mais je continue à souhaiter qu’elles soient interpellées. Le débat permettrait le retour sur la scène d’une question abandonnée. Pourtant, avec la francophonie, il est question d’un formidable espace mental commun entre trois cents millions de personnes et demain sept cents millions. Les Français y sont et y seront toujours davantage très largement minoritaires. Penser ce futur vaut la peine. Mais la francophonie ne retient plus l’attention des décideurs politiques français. Sans doute la cause leur semble-t-elle perdue d’avance. Le président de la République lui-même invite le monde de l’argent en France dans un pauvre globish ! « Choose France 2 », ânonne-t-il, sans soulever la moindre protestation de la résistance que vous voudriez incarner. Avec lui, il n’est plus question de créolisation mais d’assimilation pure et simple au monde anglo-saxon. Celui du capitalisme financier de notre temps. Et puis l’organisation internationale de la francophonie n’a-t-elle pas pour secrétaire générale la ministre d’un pays devenu anglophone ? Et celui-ci n’a-t-il pas de surcroît envahi le plus peuplé des pays francophones d’Afrique sans qu’un mot de solidarité en soit dit à l’occasion des simagrées présidentielles à Villers Cotterêts3 ? Avec la France Insoumise, nous avons décidé au contraire de relever le gant des petits et les grands mépris pour la langue commune. Pour nous, la francophonie est un espace culturel de première ligne à ce moment de la civilisation humaine. Son aire d’usage se déploie largement en Afrique, le continent clef de ce siècle. Encore faut-il la penser dans les termes de notre temps politiquement multipolaire. Et de la jeunesse du monde qui pratique la langue commune. Il faut donc débarrasser la francophonie des nostalgies impériales et néocoloniales. Pour faire bref, nous proposons de respecter un principe simple : «la langue appartient à ceux qui la pratiquent ». Simple bon sens. De là, vous reprenez à votre compte une série d’arguments de nos adversaires les moins scrupuleux. Quelle déception venant de vous ! Vous craignez vous-même ensuite d’être traité de réactionnaire. Je retrouve votre clairvoyance ! Non que vous le soyez. Vous êtes conservateur. Non par paresse, mais par conviction. Vous attribuez aux choses une essence et vous la pensez immuable pour l’essentiel. Pourtant, la nature elle-même avec l’évolution modifie tout le vivant lui-même de fond en comble. Darwin nous l’a appris. Auriez-vous deux siècles de retard ? Dans le domaine de la langue parlée et de ses usages, il en va de même. Humour de situation. La décision politique de faire du français la langue officielle du royaume de France était pourtant une rupture brutale de la tradition. En effet, la langue de communication des élites était le latin. François 1er choisi la langue d’une peuplade d’Île-de-France dans un but de pure politique : monopoliser le pouvoir d’interprétation des litiges et le retirer aux gens d’Église. Mais la langue manquait tant de vocabulaire ! Les agents du roi, comme le poète de cour Du Bellay prônèrent donc d’emprunter au latin et au grec tout ce qui manquerait et même au langage des métiers pour nommer leurs actions. On se disputa dès le début sur ce qui en résulterait. Je vous invite à considérer cette période si semblable à la nôtre où la guerre, les épidémies, les fureurs meurtrières des luttes de religion et les privilèges intouchables des dominants avaient déjà ruiné le pays. Et alors, comme aujourd’hui, les principes de base de l’humanisme reculaient. Pourtant, la dispute fut féconde. Les meilleurs s’en mêlèrent. Ainsi Marie de Gournay n’a pas seulement écrit le premier manifeste pour l’égalité des femmes et des hommes », une mise en cause de la tradition patriarcale dès le seizième siècle : elle a plaidé pour assimiler à la langue d’alors tout le parler populaire. « Nous sommes artisans en notre langue », déclare-t-elle. Nous disons de même. Vous vous horrifiez. Et vous voilà prêt à répéter les imprécations absurdes dont la fachosphère a nourri mon procès. Définissez le peuple français ! Pour moi, il l’est par la devise de sa République, « liberté, égalité, fraternité », telle que l’a proposée Maximilien Robespierre Vous m’accusez de vouloir « changer la langue » dont vous faites l’essence du peuple français. Et de là vous voilà à dénoncer ma volonté de vouloir « changer le peuple » lui-même. C’est à cela que je veux répondre ici. Car partant de là vous m’accusez d’être « post-national et post-républicain ». Quel est ce jargon ? Que voulez-vous dire avec ces mots inconnus du dictionnaire de l’Académie dont vous réclamez l’autorité ? En identifiant le peuple français à sa langue vous attribuez à celle-ci une nationalité. Absurde. Vous la rabougrissez. Le français est la langue officielle de 29 pays. Voulez-vous dire que les Congolais sont des Français ? Ou bien que les Français soient des Congolais ? Ce n’est pas le cas. Vous aurez bientôt un siècle de retard à ce sujet. Mais la langue commune cesserait aussitôt de l’être si on devait changer de nationalité pour en user. Le reconnaître, est-ce être « post-national » ? Bien sûr, la langue française a une histoire française. Mais elle n’a plus de nationalité depuis qu’elle s’est mise en partage. Bien sûr, une langue porte une culture et donc une mémoire politique. Tant mieux ! La langue commune porte les mots de la grande révolution de 1789, ouverture de l’ère moderne selon le mot de Goethe. Voilà la seule révolution faite au nom des droits de l’homme, quelle que soit leur nationalité. Et peut-être est-ce pourquoi elle porte aussi les mots des luttes contre le colonialisme français. Le Burkinabé Thomas Sankara4 la qualifiait de « prise de guerre ». Et depuis lors cette langue commune porte de la poésie, du roman, du cinéma, de la musique et des communications scientifiques de femmes et d’homme qui parlent écrivent et créent pour tout humain qui en veut. L’universalisme dont vous vous réclamez pourtant de façon si abstraite commence dans cette mise en commun. La République reste toujours un objectif perfectible. Sa numérotation le montre : il n’y a rien d’immuable dans ce domaine Autre chose : définissez le peuple français ! Pour moi, il l’est par la devise de sa République, « liberté, égalité, fraternité », telle que l’a proposée Maximilien Robespierre. Je ne vous l’apprends pas. Elle est proposée comme un contrat politique fondateur de la communauté nationale. Elle est en fait la communauté des lois qui l’organisent. Nulle essence métaphysique dans tout cela. C’est là notre identité concrète. Ce que ne sont ni la langue ni la couleur de peau ni la religion ni bien sûr le genre puisque cela est présent partout ailleurs dans d’autres nationalités. Mais comme cette devise n’est pas appliquée en réalité, la République reste un parti pris. Chaque jour, il faut lutter pour son contenu : l’égalité sociale, la souveraineté du peuple, l’indépendance, c’est-à-dire le non alignement et ainsi de suite, car tout cela se tient dans une cohérence obligatoire. La République reste toujours un objectif perfectible. Sa numérotation le montre : il n’y a rien d’immuable dans ce domaine. Je m’y conforme en militant pour une nouvelle transformation5 en réponse aux exigences démocratiques de notre temps. Pas vous. Mais vous n’avez pas le monopole de sa définition parce que vous vous êtes enfermé dans l’idéalisation surannée de sa cinquième formule. Est-ce cela que vous désignez comme « post-républicain » ? Conservateur de droite, vous empruntez à la tradition réactionnaire la peur panique du changement. Vous voilà donc engagé dans une critique du marxisme auquel vous attribuez la paternité d’une vision de l’histoire comme mouvement. Je concentre ma réponse : oui, à mes yeux, l’histoire est animée d’une dynamique qui lui fait comporter des étapes et mutations. Pas besoin de Marx pour le savoir. La tradition intellectuelle française y suffisait. Dès le siècle des Lumières, Condorcet identifie un déterminisme historique. Et surtout, il lui attribue un caractère probabiliste qui est en phase avec les sciences les plus contemporaines. J’y ai adhéré avant de trouver dans le matérialisme historique la clef d’explication de cette dynamique dans les luttes d’intérêts qui animent la société. Sinon quoi ? La lutte des classes n’est pas un malentendu ni un projet. C’est un fait. Et cette vision de l’histoire comme mouvement nous distingue aussi du récit déterministe religieux qui, de la Genèse à l’Apocalypse, figeait le sens de l’histoire et désignait ses élus. Mais par discipline intellectuelle, j’interroge : si l’universel est l’horizon de la civilisation humaine, en avons-nous la preuve concrète ? Ou bien est-ce seulement une prophétie de plus ? Non, l’universel affleure de l’humain réel à chaque instant. Non par les conquêtes militaires, le colonialisme et les assimilations forcées. Pas même dans le métissage 6qui donne à l’amour des preuves de l’unicité de notre espèce et ruine la thèse raciste. Mais dans ce que nous avons de plus radicalement humain et changeant : la culture. Il faut décoloniser la régulation de la langue si l’on veut qu’elle reste commune, riche et partageuse de savoirs. Comment avez-vous pu en déduire que je voudrai « remplacer notre langue » par une autre ? Nous sommes des êtres socio-culturels. Nous ne pouvons-nous socialiser en dehors d’usages et rites culturels. Et d’abord par la langue qui rend possible la communication et l’apprentissage mutuel. La formation des groupes humains dans l’histoire s’y conforme sans exception. Elle a engendré des langues, des cosmogonies, des musiques, des danses et combien d’autres choses encore si différentes ici et là ! Les migrations incessantes les exportent sans cesse et les mettent aussitôt en partage. La créolisation est le nom de ce surgissement. C’est un processus spontané de création culturelle à partir des différences. Ce n’est pas un programme politique. C’est un fait indépendant de votre volonté comme de la mienne. Certes, vous reconnaissez la valeur de l’ouverture comme anti-oxydant contre l’enfermement. Mais c’est pour vous dédouaner et pouvoir réaffirmer aussitôt votre préférence pour la tradition. Pour vous, le futur doit être de préférence un passé toujours recommencé. Vous marchez sous le couvert d’une demande d’ordre, de règle. Et sous la menace d’une « dilution de la partie dans le tout ». Fausse querelle entre nous. Oui, il faut de règles pour organiser l’usage de la langue. On pense avec des mots et de la grammaire. C’est la condition de la pensée elle-même. C’est pourquoi les Insoumis proposent qu’il y ait une académie francophone. Et nous voici au cœur de la dispute entre nous sur la question de la francophonie. La créolisation francophone doit être respectée si l’on veut résister à l’uniformisation anglo-saxonne dominante. Mais pour cela, il faut débarrasser la gestion de la langue commune de toute domination néocoloniale. Voilà pourquoi la nouvelle académie ne peut rester exclusivement hexagonale. Sinon s’en sera fini de la mise en commun. Le français se créolise en même temps où il se répand, au contraire de l’anglais qui s’appauvrit en devenant la langue des aéroports et des consignes lumineuses. Partout où il se parle, il se créolise spontanément comme l’ont fait avant cela, ailleurs, le cajun ou le québécois. Il faut décoloniser la régulation de la langue si l’on veut qu’elle reste commune, riche et partageuse de savoirs. Comment avez-vous pu en déduire que je voudrai « remplacer notre langue » par une autre ? Juste pour pouvoir m’accuser de vouloir remplacer « un peuple par un autre » ? Je crois qu’ici le problème c’est le mot, « remplacement ». Il déclenche vos frayeurs ! Alors, parlons clair ! Le remplacement à cent pour cent d’une population est un fait de nature : nous mourrons tous et chaque génération est remplacée par les suivantes. Lesquelles réinterprètent tout ce qu’elles reçoivent en usage commun. Ainsi se combinent spontanément « créolisation » et « remplacement ». Puisque le mot est posé alors demandons-nous plutôt comment s’opèrent ces remplacements imparables si nous voulons les maîtriser. S’opposer à la créolisation est alors un processus purement morbide. Vous avez perdu d’avance. Notre pays, notre histoire, notre ambition insoumise au désordre établi appellent à faire mieux que ce morne engloutissement dans les nostalgies sans avenir. Ne vous demandez pas à qui je ressemblerai dans le rôle d’accoucheur de l’histoire. Je vous réponds d’un mot. J’ai toujours cherché dans l’Histoire de l’inspiration et des leçons de l’expérience. Pas des modèles. Et puis mon cher Henri, l’accoucheur ne fait pas l’enfant. Si vous n’aimez pas le futur, n’en dégoûtez pas les autres. Laissez naître la Nouvelle France. Le Figaro.fr : -
https://www.lefigaro.fr/vox/politique/jean-luc-melenchon-reponse-a-henri-guaino-sur-la-francophonie-et-la-creolisation-20250731 1)
http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/creolisation-du-francais-lfi-veut-desormais-que-la-francophonie-rompe-avec-l-heritage colonial-20250717 2)
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/choose-france-combien-ont-rapporte-les-dernieres-editions-du-sommet-annuel-d-emmanuel-macron 20250518 3)
https://www.lefigaro.fr/culture/patrimoine/villers-cotteret-un-musee-pour-defendre-la-langue-et-son-histoire-20231027 4)
http://www.lefigaro.fr/international/thomas-sankara-l-eternelle-legende-panafricaine-20211010 5)
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/les-insoumis-relancent-leur-campagne-pour-une-vie-republique-20250330 6)
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/50-de-la-population-francaise-sera-t-elle-metissee-en-2050-comme-le-dit-melenchon-2021052